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Les changements agricoles

Brice Vecten

Brice Vecten, agriculteur en polyculture-élevage : "Nous arrivons au terme des 3 premières années de l'engagement dans la MAE. Quid de la suite ?"

Installé à Beauchery-Saint-Martin, dans le Provinois, sur une exploitation de polyculture-élevage, Brice Vecten est engagé depuis 2007 dans une Mesure Agri-Environnementale (MAE). Il en dresse aujourd’hui le bilan d'étape.

Brice Vecten

Brice Vecten

Vous êtes engagé dans une MAE depuis 2007, quel bilan tirez-vous de votre engagement à l’issue de ces trois premières années ?
Brice Vecten :
Nous entamons notre 4e récolte menée dans le cadre de cette MAE. Ce qui est intéressant avec ce dispositif, c’est que le Conseil général, le Conseil régional, l’Etat (avec l’Agence de l’eau) et l’Europe nous offrent une assurance économique. Forcément, cela facilite l’engagement : en cas d’échec, l’assurance économique est là ! Celle-ci est liée au nombre d’hectares, sur la base d’environ 180 euros de l’hectare. Il faut bien comprendre que les produits phytosanitaires constituent pour nous des "assurances". C’est comme le vaccin : on décide de le faire ou pas, mais après coup, il est quasiment impossible de réagir. Si on loupe le traitement préventif, l’activité économique peut en pâtir. Donc cette façon de nous aider avec une assurance économique facilite les choses.

Et qu’en est-il aujourd’hui du bilan ?
B.V. :
Cela nous a fait du bien car au bout de 25 ans d’activité, nous étions dans une routine absolue. Cela a constitué un "challenge d’entreprise" et un challenge tout court, car nous étions parmi les premiers à nous lancer. Outre une remise en cause de nos habitudes, cet engagement nous a obligé à opérer un retour à l’agronomie, un retour à la science de la terre que nous avions un peu oubliée. Nous avons suivi une formation et mis en place de nouvelles pratiques, avec notamment une réorganisation de notre assolement et de nos rotations. Au final, le bilan est très positif.

Quels sont selon vous les freins à l’engagement de davantage d’agriculteurs dans cette démarche ? Quels pourraient être les leviers ?
B.V. :
Il m’est difficile de parler pour les autres. Les agriculteurs sont prudents, l’activité actuelle ne va pas si bien… Certains n’ont pas vraiment le choix, ils n’ont pas droit à l’erreur ! Il faut quand même en avoir envie, car avec ce dispositif, l’activité devient moins simple et plus risquée. Il faut pouvoir prendre le risque. De plus, notre génération est celle de la "chimie" et c’est tellement simple, la chimie, cela va très vite, c’est très efficace… Cela étant, plusieurs niveaux d’engagement étaient possibles. On pouvait y aller plus ou moins.

En ce qui nous concerne, il s’agissait d’une démarche volontaire. Depuis, il y a eu le Grenelle de l’environnement et d’autres événements qui nous font penser qu’il faut y aller. Pour l’instant, il s’agit encore de démarches volontaires, mais cela peut rapidement devenir réglementaire. Donc autant être en avance et acquérir le savoir-faire ! Car ne plus traiter fait tout de même peur, c’est un peu une aventure.

Agriculture/Elevage

L’intérêt de cette double activité est à la fois économique, environnemental et social, explique Brice Vecten : "Quand on est agriculteur éleveur, on produit des protéines végétales qui deviennent des protéines animales : je produis de l’orge que mes brebis mangent, mes brebis produisent des agneaux que je vends, elles font du fumier que je mets dans mes champs, champs où je fais pousser de l’orge". Aujourd’hui, son budget engrais chimiques concerne uniquement l’azote, potasse et acide phosphoriques étant apportés par les brebis. En outre, cette activité contribue à maintenir l’emploi. "De juillet à fin décembre, les céréales nous occupent beaucoup. Le premier semestre est plus calme. Les brebis, elles, nous donnent du travail tout le temps". Enfin, alors que les cours de l’orge ont littéralement flambé ces dernières années, pour Brice Vecten, cette ressource vaut toujours le même prix : elle nourrit ses brebis.

Dans les engagements liés à cette MAE, il semblerait que la réduction de 50% de l’utilisation des produits phytosanitaires hors herbicides et de 40% de l’utilisation des herbicides sur les 5 années constituent de vraies difficultés techniques. Qu’en est-il pour vous ?
B.V. :
Effectivement, pour y arriver, nous avons changé l'assolement : nous faisons moins de blé et davantage d’orge de printemps. Il faut opter pour des cultures moins gourmandes en produits phytosanitaires, même si les cultures restent globalement celles cultivées dans la région. Ce n’est donc pas une révolution.

Parfois également, nous retardons les cultures de semis : sur le blé, le semis a lieu plutôt après le 20 octobre car les levées de "mauvaises herbes" ne sont pas les mêmes…

Ce sont donc beaucoup de détails agronomiques qui, au bout du compte, nous permettent de suivre la règle. Tout en étant un peu moins assurés, tout de même, quant au résultat final… Pour l’instant, nous avons eu de la chance, nous n’avons pas eu d’année catastrophique.


Quelles nouvelles pratiques avez-vous introduites ?
B.V. : Tout d’abord, le retour au labour. Auparavant, on nous disait de ne plus labourer, car cela favorise l’érosion. Avec la MAE, il faut labourer un an sur trois, pour remettre les adventices en fond de sol. Ensuite, en ce qui concerne l’assolement, outre le fait que nous produisons plus d’orge de printemps que de blé, nous avons arrêté la culture de pomme de terre : sans chimie, la production aurait été nulle en cas de mildiou. Mais cultiver la pomme de terre, cela génère de l’emploi : à périmètre constant, sans l’activité élevage, nous aurions donc pu être contraints de licencier une personne. Par ailleurs, la technique des faux-semis est généralisée : avant de semer une culture, la terre est parfaitement travaillée. Cela signifie que l’on brûle du fioul…

Labour d'un champs © INRA/Christophe Maître


Nous avons aussi réorganisé les rotations : année après année, sur les mêmes parcelles, nous faisons une alternance de cultures d’hiver et de cultures de printemps. Enfin, le désherbage chimique est remplacé : au lieu d’utiliser du Round up, le travail se fait en mécanique.

Enfin, nous avons introduit de nouvelles cultures, comme l’oeillette alimentaire, qui évite l’utilisation de trop de pesticides. Nous prenons aussi des variétés de blé ou de colza plus "rustiques", beaucoup moins sensibles.

CONTACT

Brice Vecten
2, rue Tilleuls Saint-Martin
77560 BEAUCHERY-SAINT-MARTIN
Tél. : 01 64 00 83 21
Fax : 01 64 80 00 80 93

EN BREF

Issu du monde agricole, Brice Vecten, qui a 40 ans, s’est installé en 1986. Sa femme est elle aussi agricultrice. Ils emploient deux salariés à temps complet et travaillent sur une exploitation de 460 hectares. La moitié de cette surface est consacrée aux céréales, le reste se répartissant ainsi : 1/6 betterave ; 1/6 colza ; 1/6 divers (dont le pavot). L’activité élevage, lancée en 2001, concerne 1 200 brebis-mères.

CLICS +

Eau de Paris

Pour accompagner Brice Vecten dans la mise en place de la MAE, Eau de Paris met à sa disposition un technicien qui, en association avec la Chambre d’agriculture, assure un soutien technique. Avec différentes associations et avec les chambres d'agriculture, Eau de Paris mène en effet un travail de suivi des impacts des pollutions sur la ressource en eau. Celui-ci s’inscrit dans le cadre des actions qu'elle poursuit pour réduire les teneurs en nitrates et en pesticides dans les sols.

A SAVoir

La commune de Beauchery-Saint-Martin, où est située l’exploitation de Brice Vecten, est traversée par la Voulzie, rivière associée à l’aqueduc de la Voulzie, qui rejoint celui de la Vanne et fournit une partie de l'eau potable de la capitale via le réservoir de Montsouris. Ce réservoir est géré par la Société anonyme de gestion des eaux de Paris.