Imprimer (nouvelle fenêtre)

Les changements agricoles

Christian Pierre

Christian Pierre, agriculteur biologique : "la qualité de l'eau, on la retrouvera..."

Agriculteur à Pécy, près de Nangis, Christian Pierre a longtemps été maraîcher conventionnel avant de convertir son exploitation au bio en 2000. Aujourd’hui, il exploite près de 300 hectares (céréales et oléo-protéagineux). Par ailleurs président du Syndicat de la Visandre, il est administrateur du Groupement des agriculteurs bio (Gab) d’Ile-de-France.

Christian Pierre

Christian Pierre

Depuis combien de temps êtes-vous agriculteur bio ? Qu’est-ce qui vous a conduit à vous convertir au bio ?
En 1978, j’ai repris la ferme familiale, que j’ai progressivement agrandie. Nous cultivions alors des légumes de plein champ. A l’époque, j’avais une place sur le carreau de Rungis, et j’y côtoyais un maraîcher bio qui vendait de très beaux légumes, achetés notamment par des enseignes de luxe à la recherche de produits ayant de l’allure et du goût. Cela m’a fait réfléchir…

Par ailleurs, j’ai longtemps été élu local : adjoint au maire et président d’une communauté de communes. A ce titre, j’ai travaillé sur la gestion de l’eau et l’assainissement. Or, la question de la pollution de l’eau m’a très fortement interpellé. Cela a été un second facteur déclenchant. Je suis finalement passé au bio en 2000, lors du dernier agrandissement de l’exploitation (163 ha). En parallèle, j’ai conclu un contrat de prestation de service avec un voisin, pour gérer, en bio, ses 130 hectares.

Quelles ont été les difficultés de cette transition vers l’agriculture bio ?
A l’époque, pour passer en bio, il fallait vraiment le vouloir. Car nous étions considérés comme des "perturbateurs". Il fallait être assez indépendant moralement pour oser sortir du système. Mais en 2000, soit je passais à l’agriculture bio, soit je changeais de métier. Car cela faisait 10 ans que je travaillais habillé comme un cosmonaute, et je n’en pouvais plus des produits chimiques !

Pour le reste, d’un point de vue économique, cela s’est bien passé, par le biais des contrats territoriaux d’exploitation, qui correspondaient, presque à la virgule près, aux aides actuellement mises en place pour les conversions. Donc aujourd’hui aussi, les nouvelles conversions doivent se faire sans problème. Ce d’autant que les chambres d’agriculture, qui ont longtemps considéré le bio comme un simple marché de niche, semblent changer de point de vue. J’espère que cela se confirmera car, alors, les choses iront très vite : ces structures savent impulser les orientations de façon phénoménale. Mais cette évolution peut être dangereuse. Car on a beau donner des aides pour convertir les exploitations au bio, si, en parallèle, les cours s’écroulent, la conséquence peut être inverse. Tout cela est donc à prendre avec précaution.

"J'ai redécouvert mon métier"

Auteur : Frédéric Decante_AgenceBio

Que vous a apporté le fait de devenir agriculteur biologique ?
J’ai redécouvert mon métier. Tout simplement, je suis devenu paysan, ce que je n’étais pas auparavant ! J’exerce maintenant un métier en phase avec ma vision de la responsabilité individuelle : je n’accepte pas que l’on puisse gagner sa vie en entachant celle des autres. Actuellement d’ailleurs, on assiste à un lot de nouvelles conversions qui sont purement économiques, et cela me chagrine. Il est vrai que l’agriculture dans son ensemble va mal et, le bio étant assez porteur aujourd’hui, certains envisagent une conversion. Or selon moi, n’envisager que l’aspect financier ne suffit pas. Cette conversion doit relever d’autres motivations.

Comment expliquez-vous que si peu d’agriculteurs se convertissent au bio ?

L’enherbement fait peur aux agriculteurs conventionnels, qui sont obsédés par l’angoisse de ne pas arriver à maîtriser des plantes non désirées dans leurs champs. Par ailleurs, le métier est plus difficile qu’en conventionnel. Il oblige à revenir aux fondamentaux. Dans le bio, on ne peut quasiment rien prévoir, à la différence du conventionnel où l’on suit un calendrier très cadré… Cela perturbe un peu la vie. Sans compter que pour une même surface, on double le nombre d’heures de travail.

"Laisser la nature reprendre le dessus"

Vous êtes également président du Syndicat de la Visandre*. Selon vous, comment peut-on aujourd’hui concilier agriculture et protection de l’eau ? Quels sont les leviers d’action et les freins éventuels ?
Il aurait fallu que les collectivités deviennent propriétaires de toutes les rivières de France et d’une bande de protection de leur linéaire. Il y a une quinzaine d’années, un projet en ce sens avait été déposé au Sénat, puis abandonné. Cela s’est transformé en bande enherbée , par le biais notamment de la Politique agricole commune (Pac). Donc les choses avancent, même s’il a fallu attendre 15 ans…

Je crois, par ailleurs, qu’il faut composer avec la production agricole. Au Syndicat de la Visandre, le comité syndical réunit 60 % d’agriculteurs. Cela fait dix ans que je les "travaille" pour laisser la nature reprendre le dessus, laisser les arbustes repousser le long du ru, etc. Cela n’a pas été facile et ce n’est pas fini… Cela dit, on observe un changement de comportement des paysans. Par exemple, la nouvelle règle de couverture des sols n’aurait jamais été acceptée par eux il y a dix ans. Eh bien cette année, j’ai vu des "intégristes" de la culture intensive semer de la moutarde à l’automne pour piéger les nitrates ! Preuve que les choses évoluent. Je suis assez optimiste : la qualité de l’eau, on la retrouvera… Toutefois, pour l’avenir, il va falloir être très attentif à ce que les syndicats de rivière gardent les moyens financiers d’entretenir correctement les rivières et leurs abords. Si ce n’est plus le cas, alors il n’est pas exclu que l’on assiste à des réactions virulentes de la part des riverains.

* Le ruisseau de la Visandre (30,9 km) est l’un des 19 affluents de l’Yerres.

CONTACT

Christian Pierre

2, rue de la Libération - Melenfroy
77970 Pécy
Tél. : 01 64 01 54 48
Mobile : 06 85 57 24 84
Fax : 01 64 01 54 48

CLICS +

Le Gab

Le groupement des agriculteurs biologiques et biodynamiques de la région Ile-de-France (Gab région IdF) regroupe des producteurs franciliens agréés et contrôlés, en agriculture biologique ou en conversion. La ferme de Christian Pierre appartient au réseau de fermes bio de démonstration créé en 2001 par cet organisme. Sa vocation est d’expliquer les différents aspects (techniques, économiques…) de la pratique de l’agriculture biologique.

Pain bio d'Ile-de-France

Christian Pierre participe à la mise en place, par le Gab et le Centre Régional de Valorisation et d'Innovation Agricole et Alimentaire, d'une démarche pain bio d'Ile-de-France dans les cantines scolaires et auprès du grand public.

L’Agence BIO

Le site de l’agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique.

DOCS+

L'agriculture biologique, un choix pour une eau de qualité

Un document à télécharger sur le site de l’Institut technique de l’agriculture biologique (Itab), qui co-édite également plusieurs fiches sur ce sujet.