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Les changements agricoles

Olivier Barnay

Entretien avec Olivier Barnay, Responsable du Pôle "Agronomie et Environnement" de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne (Volet 1/2)

Olivier Barnay

Olivier Barnay

Comment la dynamique créée par la mise en place du Plan départemental de l’eau vous a-t-elle permis de renforcer vos actions ou d’impulser de nouvelles démarches en faveur de la protection de l’eau ?
Olivier Barnay :
Notre engagement dans le Plan départemental de l’eau a permis de conforter des actions que nous menions déjà et d’en initier de nouvelles. Par exemple, cela nous a permis de maintenir le réseau de suivi sur la fertilisation que nous menons depuis dix ans et de sérier davantage les problèmes. En outre, nous avons initié de nouvelles actions, à commencer par le Conseil environnemental (voir ci-dessous NDLR). Nous faisions déjà, depuis longtemps, de l’animation environnementale. Mais le Conseil environnemental est une nouveauté, tout comme le fait d’utiliser un outil commun de diagnostic. Nous avons aussi créé une cellule d’information.

L’irrigation est également un sujet que, désormais, la Chambre d’agriculture traite de façon très formelle : afin de permettre le rétablissement de la nappe de Champigny en terme de volume, une gestion quantitative de l’eau a été mise en place, avec l’attribution d’un quota à l’agriculture.

Même si l’irrigation agricole ne représente que 2,9 % des volumes annuels prélevés dans la nappe, nous participons donc à l’effort collectif et nous développons un accompagnement des agriculteurs sur l’irrigation. C’est là une position dynamique, engagée et innovante de l’agriculture…

Le Plan départemental de l’eau a donc eu pour mérite de permettre une discussion plus ouverte entre les partenaires et de mieux formaliser les actions.

Quelles sont les actions de la Chambre d’agriculture de Seine-et-Marne dans le domaine de la protection de l’eau ?
O.B. : Une grande partie des actions que nous menons actuellement passe par un engagement dans trois domaines spécifiques : la protection de l’eau ; la biodiversité ; le sol. Le sol est le premier filtre entre les pratiques agricoles et l’eau. La biodiversité est un moyen d’accentuer l’effort fait par les agriculteurs. Le lien entre les trois est très important, car l’eau ne se gère pas que sur un seul aspect. La première action est celle menée dans le cadre du Plan départemental de l’eau.

En parallèle, d’autres actions sont actuellement mises en place, liées notamment aux captages que le Grenelle de l’environnement a souhaité protéger en priorité (aires d’alimentation de captage). A terme, il y a aura probablement une reconcentration de ces programmes pour une meilleure homogénéité de l’action.

Pouvez-vous détailler les actions engagées dans le cadre du Plan départemental de l’eau ?

Sur le Plan départemental de l’eau, nous avons engagé quatre grands volets d’action.

1 - Le Conseil environnemental 77

Son objectif est d’assurer une animation et une coordination de tous les organismes agricoles intervenant auprès des agriculteurs - coopératives, négoces, centres de gestion, conseillers indépendants… -, dans le but de créer une culture environnementale commune et d’étudier la façon dont nous pouvons résoudre, ensemble, les problèmes environnementaux. Ce conseil a établi un plan d’action comportant plusieurs volets.

Le premier a consisté à se mettre d’accord sur un outil commun. Baptisé diagnostic agro-environnemental géographique (DAEG), cet outil élaboré par Agro Ressources Picardie évalue le lien entre la pratique et l’environnement à l’échelle parcellaire. L’idée est que tous ces organismes utilisent le même diagnostic, à partir duquel nous allons pouvoir mieux comprendre la pratique des agriculteurs, autrement dit la façon dont ils construisent leur itinéraire : quelles dates, quelles doses, quels produits, pourquoi, etc. Avec la localisation géographique, nous sommes capables de focaliser à tel endroit le risque environnemental de certaines pratiques. Le but, à partir de cet outil, est de pouvoir discuter tous ensemble, sur des constats de base, afin de trouver des solutions communes et partagées.

Le deuxième volet concerne la transparence des pratiques agricoles. Vis-à-vis de nos mandants (collectivités, Etat, distributeurs d’eau…), nous essayons de montrer ce qu’est l’agriculture en leur fournissant un "état des lieux" des pratiques. Car comment mesurer une évolution si l’on n’a même pas de point de départ ? Comment dire qu’il faut, par exemple, réduire les phytos si l’on ne sait même pas d’où l’on part ? Nous essayons donc, entre autres, de fixer le point de départ. L’objectif est de parvenir à créer des synthèses de groupe sur des territoires, c’est-à-dire une typologie des exploitations, agronomiquement et économiquement, pour comprendre les mécanismes qui vont permettre aux agriculteurs d’avancer.

Le mécanisme est valable pour tous : comment changer ma pratique sans déstabiliser économiquement mon entreprise, tout en prenant en compte cet aspect environnemental dont on sait qu’il est primordial dans l’agriculture et que l’on ne peut pas s’en détacher ? C’est la réalité : un agriculteur, aujourd’hui, ne peut produire sans prendre en compte l’environnement. Mais on ne peut pas lui demander de ne pas prendre en compte l’économie de son exploitation !

Le Conseil environnemental, qui se réunit en moyenne une fois par trimestre, a donc pour objectif de travailler ensemble, à partir d’un état des lieux commun, à une évolution partagée. Ce, même si les objectifs d’entreprise sont différents. L’idée est de trouver un équilibre entre tous, avec comme fil conducteur le Plan départemental de l’eau. La prise en compte de l’aspect environnemental est faite. Maintenant, la question est de savoir comment la concrétiser auprès des agriculteurs. Il nous faut donc évaluer tout en avançant.


Présentation aux agriculteurs des nouvelles variétés de colza.

Présentation aux agriculteurs de nouvelles variétés de colza.

2 - L’animation territoriale

Le second point du Plan départemental de l’eau confié à la Chambre d’agriculture concerne l’animation territoriale. Le principe consiste à enclencher une animation renforcée sur des territoires prioritaires. Cela passe par la mise à disposition de conseillers ainsi que par un accompagnement financier, à travers les Mesures agro-environnementales et le Plan végétal Environnement, financés par le Conseil général, le Conseil régional, l’Agence de l’eau, l’Etat et l’Europe.

Des moyens financiers spécifiques sont donc apportés sur ces territoires, pour aider les agriculteurs à tester et introduire des mesures relativement novatrices, qui sont : la réduction des phytos à 50 % ; la mise en place de la production intégrée, autrement dit un autre système de production utilisant moins d’intrants ; l’agriculture biologique ; et la biodiversité, au sens de l’implantation d’éléments fixes du paysage (haies, arbres, bandes enherbées) qui permettent de limiter certaines pollutions agricoles. Nous avons donc mis en place ces animations sur les trois territoires que nous gérons : le Petit Morin, l’Yerres et le Gâtinais ; sur les autres, nous avons un partenariat technique avec l’association AQUI’Brie et Eau de Paris.

3 - La communication auprès des agriculteurs et des partenaires

Deux actions sont menées en ce domaine : la première est une cellule d’information du Plan départemental de l’eau, qui répond aux agriculteurs, par téléphone et par mail, pour toute question relative à l’actualité de leur territoire ; un conseiller répond, s’il est en mesure de le faire, ou bien oriente vers la meilleure structure. Nous disposons par ailleurs d’un outil baptisé Cléo, bientôt disponible sur Internet, grâce auquel l’agriculteur trouvera en direct toute l’information qui le concerne sur tous les thèmes liés à l’environnement. La réglementation y est vulgarisée pour la profession. Le but est que l’information soit accessible à tous les agriculteurs. Ensuite, s’ils veulent un accompagnement technique, ils peuvent bien sûr nous solliciter.

La seconde action est la transparence des pratiques : l’idée est de rendre accessibles des indicateurs sur l’agriculture et son évolution. Nous restituons plus d’une trentaine d’indicateurs : des indicateurs "basiques" (exemple : le nombre d’agriculteurs ayant contractualisé une MAE), et d’autres plus techniques (exemple : le nombre de surfaces ayant été traitées par tel produit à telle date). Ces données existaient déjà bien sûr, mais elles n’étaient pas suffisamment connues à l’extérieur, y compris auprès du grand public. L’objectif est de faire comprendre aux gens (citoyens, financeurs…) ce que l’agriculture peut ou ne peut pas faire, ce qui la bloque...

Un système contraint

Olivier Barnay : "Il faut reconquérir la qualité de l’eau, c’est indéniable et la profession en est pleinement consciente. Cela dit, il faut comprendre que les résultats des actions que nous initions aujourd’hui ne seront pas visibles dès demain ! Par ailleurs, si le lien entre activité agricole, utilisation des produits phytosanitaires et pollution de l’eau existe bel et bien, le problème est qu’il n’est pas direct mais lié à un grand nombre de paramètres, qui parfois sortent du giron de l’agriculture elle-même. Celle-ci subit plusieurs contraintes : celles des entreprises agro-alimentaires, mais aussi celles des consommateurs, qui veulent un type bien précis de produits (par exemple une pomme de terre ronde et lisse), que l’on ne sait pas créer sans produits phytos. Avec le bio, la pomme de terre ne sera pas standardisée. C’est donc tout un mode de consommation qui est à changer ! Je ne dis pas que les agriculteurs n’ont pas leur part de responsabilité, mais ils sont aussi dans un système contraint : une réglementation, des marchands et des circuits de commercialisation, et pour finir une demande sociétale très forte qui s’exprime, entre autres, à travers les collectivités et l’Etat..."

C’est notre rôle de fournir une explication aux indicateurs, d’expliquer pourquoi certains ont signé un contrat à un endroit et pas d’autres, pourquoi certains ont changé leurs pratiques, pourquoi d’autres n’ont pu le faire… Est-ce parce que le cours du blé s’est effondré ? Parce qu’une opportunité locale s’est présentée… ? C’est à la profession agricole de fournir des explications crédibles et plausibles pour justifier l’action des agriculteurs. L’objectif est vraiment de dire ce que nous faisons, de ne pas rester cachés, de montrer la réalité de nos pratiques.

4 - La mise en œuvre de nouvelles approches agronomiques et environnementales de la production

Enfin, ce dernier point porte à la fois sur la production intégrée et l’agriculture biologique. Au sein de la Chambre d’agriculture, 3 ingénieurs travaillent sur ce dernier sujet, ce n’est pas rien ! Nous mettons donc tout ce qu’il faut pour que les agriculteurs qui souhaitent s’engager dans cette voie réussissent. Nous les soutenons techniquement pour qu’ils puissent rendre pérenne leur entreprise.

Notre but est que les exploitations durent dans le temps, quel que soit leur système de production, à condition que l’impact sur l’environnement soit limité. C’est un tryptique difficile : agriculture/environnement/économie et durabilité de l’exploitation.

Nous avons donc créé sur le département, et plus spécialement sur les territoires, une offre complète de services, comportant : des références techniques locales, permettant à l’agriculteur de s’appuyer sur des connaissances établies ; mais également des formations, des démonstrations et expérimentations ; et enfin un conseil technique, par le biais notamment de Bulletins d’information.

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LE POLE AGRONOMIE ET ENVIRONNEMENT

Le pôle que dirige Olivier Barnay emploie 25 personnes, soit la moitié des effectifs de la Chambre d’agriculture de Seine-et-Marne. Sur ce nombre, 3 ingénieurs se consacrent à l’agriculture biologique (alors que la moyenne dans les chambres d’agriculture est de 0,8) ; 2 agents travaillent à temps complet sur la biodiversité ; 14 agents sur l’agronomie et les techniques de production, l’eau et l’environnement ; 2 agents sur le sol ; et un agent sur le système d’information géographique. Enfin, deux conseillers spécialisés interviennent également au sein du pôle.

CLICS +

Aires d'alimentation de captage

Les captages Grenelle en Seine-et-Marne

Voir aussi

Aides départementales

Les Mesures agro-environnementales (MAE) et le Plan végétal environnement