Pandémie de coronavirus : désinfecter les rues ?

Plusieurs communes françaises ont lancé des opérations de nettoyage de l’espace public, principalement à l’eau javellisée, à la manière de ce qui s’est fait en Chine ou en Corée du Sud, pour lutter contre la propagation du Covid-19. L’efficacité sanitaire de cette pratique reste à démontrer, mais elle est dangereuse pour la santé et l’environnement.

Pandémie de coronavirus : désinfecter les rues ?

La désinfection des rues dans le contexte de l’épidémie du Covid-19 est une mesure qui peut rassurer une partie des habitants et usagers des voiries. Cependant, son utilité et son efficacité restent à prouver, et elle présente des risques pour la santé et l’environnement. 

Les produits de désinfection utilisés contiennent des substances nocives. L’eau de Javel, par exemple, est potentiellement toxique et corrosive. Ainsi, de grandes quantités de désinfectant inhalées pourraient avoir des effets secondaires pour les populations humaines. 

De plus, tous les produits utilisés ont des propriétés biocides, autrement dit, ils ne tuent pas que les virus. Et l’eau utilisée pour nettoyer les rues est évacuée par les réseaux d’assainissement, soit par des réseaux unitaires qui envoient toutes les eaux souillées vers des stations d’épuration, soit par le réseau d’eaux pluviales en cas de réseaux séparatifs, qui les envoit directement ou avec un traitement a minima dans les cours d’eau.
Ces produits risquent donc de mettre à mal le fonctionnement des stations d’épuration, qui assainissent l’eau grâce, entre autres, à des bactéries. Ces micro-organismes pourraient être tués par un apport massif de substances biocides. 
On pourrait également constater des pollutions de cours d’eau avec des destructions de populations aquatiques. 

L’usage massif de produits désinfectants pourrait enfin favoriser l’apparition d’espèces résistantes : c’est ce qui a été constaté pour d’autres produits chimiques comme les anti-moustiques dans de nombreux pays, ou encore en Europe avec le développement de l’antibiorésistance (résistance de bactéries aux antiobiotiques).

Le Haut Conseil de la Santé Publique, une instance consultative, saisie par le ministre de la santé pour analyser s’il est opportun de réaliser ce type d’action, a rendu son avis le 4 avril dernier. Il appelle les collectivités territoriales à ne pas mettre en œuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie, et à continuer d’assurer le nettoyage habituel des voiries et du mobilier urbain avec les équipements de protection habituels des professionnels.