Avril

La nature s'éveille, y compris les insectes ravageurs et les champignons responsables des maladies des plantes !

Avril

Au jardin d'ornement

Il faut avant tout se demander pourquoi on désherbe : une végétation spontanée poussant entre des pavés est-elle forcément inesthétique ? De même, ne peut-on pas accepter quelques pâquerettes dans la pelouse ?

Comme le disait la poète et journaliste américaine Ella Wheeler Wilcox, "Une mauvaise herbe n'est jamais qu'une plante mal-aimée". Les "mauvaises" herbes ont de nombreuses vertus : le pissenlit est comestible, le trèfle enrichit naturellement le sol en azote, la pâquerette permet aux insectes auxiliaires de se nourrir, et l'ortie ou la prêle permettent de réaliser des purins utiles pour le jardinage biologique ! Alors pourquoi ne pas changer de regard et apprendre à les accepter ?

Désherber sans polluer

La pelouse

Entretenez le gazon pour qu'il soit compétitif, notamment en le décompactant à l'aide d'un scarificateur, à l'automne ou au printemps, semez les zones dégarnies. Adoptez une tonte haute (au moins 6 cm) qui permet au gazon de mieux s'enraciner et d'être plus résistant. Vous pouvez utiliser un couteau à désherber pour déloger les quelques touffes de vivaces inesthétiques. Apprenez à accepter la présence de plantes spontanées sur la pelouse, qui peuvent fleurir joliment (pâquerettes, violettes, véronique...) et apportent de la nourriture aux insectes butineurs.

Dans les cours, allées

Désherbez manuellement, avec un sarcloir sur les surfaces en terre ou gravillonnées, au couteau entre les dalles et les pavés. Il est possible de désherber à l'eau chaude (réemployer l'eau de cuisson des pommes de terre, par exemple) pour les petites surfaces. On trouve aussi des désherbeurs thermique au gaz en jardinerie. De façon préventive, paillez les allées en terre battue, limitez les surfaces en gravillons (difficiles à entretenir). Balayez régulièrement les joints de vos dalles ou de vos pavés, ou jointoyez-les. On peut aussi considérer que la présence d'herbe entre les dalles est tout à fait esthétique.

Au pied des arbres, haies, dans les massifs

Placez un paillage (broyat d'élagage, écorces, copeaux de bois, paillettes de lin...), ou bien plantez des plantes couvre-sol (géraniums botaniques, lamiers, petit pervenche...) qui occuperont l'espace au détriment des plantes indésirables. Enfin, il est toujours possible de désherber manuellement.

L'état sanitaire du jardin

De nombreux insectes ravageurs ou champignons passent l'hiver dans certaines parties des plantes : feuilles mortes (champignon responsable du marsonia, mineuse du marronnier, rameaux (œufs de pucerons), fruits momifiés moniliose sur les prunus. Si vous ne l'avez pas encore fait, nettoyez vos plantes, en particulier celles qui ont présenté des attaques ou des maladies l'année précédente. Surveillez l'état de vos plantes pour pouvoir réagir en cas d'attaque : l'arrosage peut être un moment privilégié pour cela. Identifiez le problème : gardez à l'esprit que tout insecte présent sur une plante n'est pas nuisible, bien au contraire ! De même une feuille jaunie n'est pas forcément signe d'une maladie, elle peut indiquer un manque ou un excès d'arrosage, une mauvaise exposition, une carence... Évaluez si les dégâts sont suffisamment importants pour nécessiter une intervention. Dans bien des cas, supprimer les feuilles ou rameaux attaqués permet d'éviter la propagation de la maladie ou le développement des ravageurs.

Les rosiers

Crédit photo : Pucerons sur rosier

Les rosiers reprennent leur végétation, et produisent des pousses vigoureuses, mais sensibles aux insectes et aux maladies. Il est possible de les renforcer en pulvérisant une décoction de prêle. Surveillez l'état sanitaire de vos rosiers (rouille, marsonia) : supprimez les parties atteintes et traitez à la décoction de prêle. Attention à ne pas planter de roses trémières à proximité de vos rosiers, celles-ci sont sensibles à la rouille et pourraient leur transmettre cette maladie. Surveillez également l'apparition de pucerons : coupez les parties les plus infestées, et traitez à l'aide de purin d'orties ou d'un mélange d'eau et de savon. Il est aussi possible, comme pour les arbres fruitiers, d'installer des bandes engluées pour empêcher les fourmis de grimper et de protéger les pucerons. Repérez la présence d'insectes prédateurs comme les larves de coccinelles, de chrysopes ou de syrphes, qui pourraient consommer les pucerons et réduire naturellement l'infestation. Supprimez les gourmands.

Semis et plantations

Vous pouvez semer en place capucines, pavots, nigelles de Damas...
Vous pouvez déjà semer en intérieur les plantes plus frileuses : verveines, zinnias, cosmos... Semez des fleurs pour attirer les insectes auxiliaires (voir plus bas).
Choisissez bien les espèces que vous semez en fonction des conditions de votre jardin (exposition, type de sol...). Continuez de mettre en place les bulbes et tubercules à floraison estivale ou automnale : lis, glaïeuls, cannas, dahlias en fin de mois (dans un endroit abrité).

Taille des arbustes à floraison printanière

Quand leur floraison est terminée, vous pouvez tailler les forsythias, spirées, cognassiers du japon, groseilliers à fleurs... Eliminez simplement les vieux rameaux pour aérer l'arbuste. Pensez à utiliser des outils aiguisés. Désinfectez les lames en passant d'un arbuste à l'autre.

Criocère du lis

La méthode la plus efficace contre le criocère du lis consiste à ramasser à la main les adultes. Ceux-ci se laissent tomber quand ils se sentent en danger, il suffit de placer la main ou un récipient dessous. Coupez les feuilles sur lesquelles les œufs et les larves sont présentes, repérables à une substance baveuse brunâtre correspondant à leurs excréments (dans lesquels la larve se camoufle). Une surveillance régulière est nécessaire pour ne pas se laisser dépasser par l'infestation.

Mineuse du marronnier

Pour lutter contre la mineuse du marronnier , ramassez et détruisez les feuilles mortes. Apportez éventuellement du compost au pied de l'arbre pour lui permettre de mieux résister. Un moyen pour réduire les dégâts est la suspension de pièges à phéromones avant le débourrement.

Processionnaire du pin

Crédit photo : Processionnaire du pin

Les chenilles sont en train de descendre des arbres "en procession" (en file indienne). Elles sont actuellement urticantes : ne les manipulez pas et ne restez pas à proximité des nids. Elles sont également dangereuses pour les animaux de compagnie, comme les chiens qui peuvent tenter de les mâcher. Surveillez-les.

Les écopièges, accrochés autour des troncs d'arbres, interceptent la descente des chenilles et les dirigent vers un sac dans lequel elles restent prisonnières. Si vous n'en avez pas encore installé, faites-le au plus vite.

La pyrale du buis

La pyrale du buis est une espèce exotique envahissante que l'on trouve maintenant en Île-de-France. Les chenilles, vert clair avec des bandes longitudinales vert fonce, et une tête noire, se nourrissent des feuilles. Les buis brunissent d'abord, puis les feuilles sont mangées, en laissant le pétiole et parfois la nervure centrale. Cette espèce cause des dégâts importants et est difficile à maîtriser.

A cette période on peut observer les très jeunes chenilles qui décapent les feuilles (en grossissant elle consommera la totalité de la feuille).

La chenille n'est pas urticante, vous pouvez ramasser les chenilles à la main et les écraser. Penser à regarder au cœur des arbustes, et sous les feuilles, où les chenilles se réfugient. Les chenilles peuvent tomber si l'on secoue l'arbre ou le frappe à l'aide d'un bâton, ce qui peut faciliter leur ramassage, particulièrement en mettant une bâche au pied de l'arbre.

Hors période de sécheresse, un jet d'eau sous pression peut abîmer les chenilles ; une technique à réserver aux journées ensoleillées ou venteuses pour éviter de favoriser d'autres maladies du buis.

A ne pas confondre avec certaines maladies du buis, qui provoquent aussi un brunissement de la plante, comme Cylindrocladium buxicola (pas de chenilles, apparition de taches brunes sur les feuilles). Dans ce cas, taillez et détruisez les parties atteintes, pensez à désinfecter votre matériel de taille.

Arbres fruitiers

Abeilles et autres insectes pollinisateurs

Attention : ne traitez jamais avec un produit chimique en période de floraison ou en présence d'insectes pollinisateurs (abeilles, bourdons...) !

Carpocapses et tordeuses orientales

Crédit photo : Carpocapse des pommes

Les chenilles des carposapses et de la tordeuse orientale se développent dans les fruits (pommes, poires, prunes... "véreuses"). Il est possible de lutter contre ces insectes à l'aide de pièges à phéromones. Les phéromones étant spécifiques d'une espèce, il faut savoir distinguer à quel insecte on a affaire :

  • Le carpocapse des pommes et des poires attaque le pommier, le poirier, le cognassier, l'abricotier, et parfois le pêcher et le prunier. Les larves, de 16 à 20 mm, attaquent le coeur et les pépins du fruit.
  • Le carpocapse des prunes est spécifique des pruniers. La larve, de 10 à 12 mm, pénètre le fruit et se dirige vers la base du pédoncule du fruit. Ceci entraîne une chute des jeunes fruits, et plus tard dans la saison, un arrêt du développement des fruits qui prennent alors une teinte foncée.
  • La tordeuse orientale du pêcher attaque le pêcher, mais aussi le poirier, le pommier, le cognassier, l'abricotier et le prunier. La larve, qui finit par atteindre 14 mm, se nourrit dans un premier temps des jeunes pousses, puis attaque les fruits. Mais, contrairement au carpocapse, ses galeries sont superficielles et n'atteignent que rarement les pépins.

Ramassez et détruisez les fruits véreux. La pose de bandes en carton ondulé autour du tronc en juin pour piéger les larves complètera la lutte. Vous pouvez aussi protéger vos fruits par ensachage en mai au moment de l'éclaircissage. Enfin, privilégiez les ennemis naturels de ces insectes : oiseaux, chauve-souris, certains insectes (guêpes parasites...).

La mouche de la cerise

La mouche de la cerise pond ses œufs dans les cerises dès fin avril. Les larves (asticots) se nourrissent dans le fruit : cerises "véreuses". Il est possible de lutter contre cet insecte à l'aide de pièges englués de couleur jaune placés dans l'arbre. Certains pièges associent à la couleur jaune (qui attire les mouches des cerises) un attractif alimentaire ou à base de phéromones.

Cecidomyie des poirettes

Les larves de la cécidomyie se développent dans les poires lorsque celles-ci se forment. Les fruits noircissent, se déforment et ne grossissent plus. Détruisez les fruits atteints.

Pucerons, cochenilles et autres insectes rampants

Crédit photo : Cochenilles sur vigne

Si vous ne l'avez pas encore fait, placez des bandes engluées autour des pieds de vos fruitiers (voir le mois de mars). Elles éviteront notamment que les fourmis grimpent dans l'arbre et protègent ces insectes pour se nourrir de miellat. Si malgré tout, vous constatez une infestation, vous pouvez pulvériser sur l'arbre un mélange d'eau et de savon, ou du purin d'orties. Brossez les parties infestées pour enlever les pucerons (en plaçant une toile au sol pour ramasser et détruire ceux qui tombent) et protégez les plaies avec un mastic cicatrisant. On peut aussi fixer avec du fil de fer des abris pour les perce-oreilles (pots de fleurs en terre remplis de paille, de laine de bois ou de papier journal), voire recueillir des perce-oreilles pour les y installer. La paille doit toucher une branche pour que l'insecte ait accès à l'arbre. Les perce-oreilles se nourriront des psylles, pucerons... Dans ce cas, ne pas utiliser de bande engluée qui pourrait capturer les perce-oreilles.

Prévention de la moniliose et du chancre bactérien

Pour éviter une propagation de maladies telles que la moniliose, si vous ne l'avez pas encore fait, supprimez les rameaux porteurs de chancre et les fruits momifiés. Curetez les chancres et appliquez un mastic cicatrisant (voir le mois de mars).

Oïdium

Les fruitiers sont sensibles à l'oïdium de la chute des pétales au durcissement du noyau. Eliminez les pousses atteintes. Il est possible de traiter à l'aide de soufre en respectant les précautions d'usage et en évitant de traiter par temps chaud. Un mélange de lait et d'eau peut aussi être efficace (1 litre de lait pour 9 litres d'eau). Préférez le lait écrémé pour éviter les odeurs désagréables.

Tavelure du pommier

La tavelure se manifeste par des taches noires ou brunes sur les feuilles, les bourgeons, et les fruits. Eliminez toutes les feuilles mortes et fruits au sol si vous ne l'avez pas déjà fait. Arrosez les arbres avec une macération d'ortie diluée à 10%. Le soufre peut être utilisé de façon préventive (il crée un barrage pour les spores). Il est lessivé par les pluies, son application doit donc être renouvelée après chaque pluie. Ce traitement ne se justifie que si l'arbre a déjà présenté cette maladie l'année précédente. Prenez les précautions d'usage pour la pulvérisation du produit. Attention : le soufre est phytotoxique pour les fruits et les feuilles, ne le pulvérisez pas durant la floraison ni par forte chaleur. Evitez les traitements au soufre sur les variétés Cox Orange, Red Delicious, et Reinettes du Canada.

Au potager

Désherbage

Binez et sarclez. Ne laissez pas la terre à nu pour éviter la croissance d'herbes indésirables : placez un paillage, ou semez des engrais verts à croissance rapide (phacélie, moutarde) à l'emplacement futur des tomates, courges, courgettes.

Semis et plantations

Semez en pleine terre les carottes, oignons, radis, poireaux, ciboulette, oseille, panais, choux, betteraves, laitues d'été, navets, épinards, petit pois... Semez sous abris courges et courgettes, tomates, concombres et cornichons, melons... Semez en intérieur tomates, courges et courgettes, piments, aubergines, melons... Plantez les artichauts, les crosnes, les topinambours. Mettez en place les griffes d'asperges sans tarder si vous ne l'avez pas encore fait. Plantez les pommes de terre (on dit que l'idéal est d'attendre la floraison des lilas !). Buttez les pommes de terres hâtives que vous avez plantées en mars, elles sont sensibles au gel dès l'apparition des feuilles.

Echelonnez vos semis pour diminuer les risques de pertes. N'oubliez pas de consulter votre calendrier de rotation (voir "la rotation des cultures "). Aérez bien les plantes et notamment les semis sous abris, et laissez la terre sécher entre deux arrosages, pour éviter les problèmes de mouche des semis ou de fonte des semis. Pensez aussi à éclaircir les semis faits en mars.

Laissez suffisamment de place entre les rangs pour pouvoir bêcher, et ne serrez pas trop vos plantations (ce qui favoriserait les maladies). Protégez vos semis de carotte de la mouche de la carotte en installant un filet anti-insectes.

Les larves s’attaquant aux racines

Crédit photo : Cycle de vie du hanneton

Les larves de taupins (vers fil de fer), de noctuelles (vers gris), et de hannetons (vers blancs) peuvent s'attaquer aux racines et tubercules des légumes : un flétrissement brutal de jeunes plantes peut être un indice de leur présence. Le travail du sol permet d'exposer les œufs et les larves au dessèchement et à leurs ennemis naturels (hérissons, oiseaux). Profitez-en pour collecter les larves que vous trouvez et pour les détruire ou les placer dans des bols sur le sol pour attirer leurs prédateurs naturels. Attention : les vers blancs que l'on trouve dans le compost sont généralement des larves de cétoine dorée ; ils sont utiles à l'élaboration du compost, ne les détruisez pas.

Nettoyez les fraisiers

Enlevez les feuilles mortes et renouvelez le paillage. Surveillez l'apparition d'acariens ou de pucerons.

Limaces et escargots

Pour ne pas favoriser les attaques par les gastéropodes, enlevez les résidus de récoltes, et passez éventuellement le rouleau sur le sol afin d'obtenir une texture de sol assez fine (les gastéropodes préfèrent les textures en mottes qui leur offrent des abris). Placez des cendres ou des matières abrasives (sciure de bois, coquille d’œuf) pour gêner leur avancée autour des semis et jeunes plantations.

Criocère de l'asperge

Crédit photo : Criocère de l'asperge (adulte)

Deux espèces de criocère s'attaquent à l'asperge. La larve de ces petits coléoptères se nourrit de la partie aérienne des asperges. Vous pouvez enlever à la main les criocères que vous voyez et détruire les parties qui portent les œufs.

Et encore...

Au balcon

Semez les annuelles, de préférence rustiques et adaptées à l'exposition de votre balcon (voir "jardin d'ornement"). Pensez à désinfecter vos pots et jardinières avant de les utiliser avec ddu vinaigre blanc s'ils ont contenu des plantes malades. Vérifiez que le drainage des pots et jardinières soit efficace.

Plantes d'intérieur

Vos plantes entament une phase de croissance. Rempotez-les si nécessaire. Surveillez l'apparition de cochenilles, pucerons, acariens rouges. Coupez les parties les plus atteintes. En nettoyant les feuilles à l'aide d'un chiffon humide, ou en nettoyant la plante à l'aide du jet de la douche, on peut débarrasser les feuilles d'une partie des ravageurs. Une pulvérisation régulière d'un mélange d'eau et de savon permet de maîtriser l'infestation. Surveillez également l'apparition de maladies et supprimez les parties atteintes.

Faune et flore

Semez des fleurs attirant les insectes butineurs, vous favorisez ainsi la biodiversité et attirez des insectes utiles au jardin : insectes pollinisateurs (qui faciliteront la fructification de vos arbres fruitiers et de certains légumes au potager), certains insectes prédateurs (les adultes de chrysopes se nourrissent de pollen, mais leurs larves sont de voraces prédateurs des cochenilles et des pucerons), certains insectes qui pondent leurs oeufs dans le corps d'autres insectes qui peuvent être considérés comme indésirables par le jardinier (les ichneumons, guêpes pondant leurs oeufs notamment dans certaines chenilles)... Quelques fleurs peuvent être installées au jardin pour attirer les insectes butineurs : sauge, héliotrope, menthe, marguerite, achillée, lotier corniculé, fenouil, souci... Privilégiez les espèces locales.