Gérer les « mauvaises » herbes

On a pris l’habitude d’appeler mauvaises herbes les plantes spontanées que l’on considère comme indésirables. Au jardin on les élimine surtout pour des raisons esthétiques, sauf peut-être au potager. Pourtant, ces plantes spontanées ne sont pas « mauvaises » en soi. Elles ont même de nombreux atouts. Alors pourquoi ne pas apprendre à les accepter ?

Gérer les « mauvaises » herbes

Des herbes pas si mauvaises

Elles peuvent être jolies et même servir de couvre-sol

Crédit photo : Marlène COTTAY

Une végétation spontanée poussant entre des pavés peut être tout à fait esthétique. De même, ne peut-on pas accepter quelques pâquerettes dans la pelouse ? Les plantes spontanées peuvent fleurir joliment : êtes-vous sûr de vouloir détruire coquelicots, boutons d’or, véroniques… ? Certains jardins abritent même des orchidées sauvages, le plus souvent à l’insu du propriétaire qui les tond sans leur permettre de fleurir ! Certaines plantes peuvent former naturellement des tapis de végétation dense et assez esthétiques : les géraniums, le bugle rampant, le lamier pourpre, le lierre… Vous pouvez même en prendre quelques pieds et les installer à un endroit où vous ne voulez pas voir une autre végétation. Ils occuperont l’espace à moindre coût.

Elles nourrissent les insectes et les oiseaux

Crédit photo : Stéphanie HAMON. La chenille du papillon Belle-Dame se développe sur les orties ou les chardons

Les fleurs des plantes spontanées fournissent pollen et nectar aux insectes, comme les papillons, les abeilles et tous les insectes pollinisateurs ! Le pissenlit, la moutarde, le trèfle, l’achillée millefeuilles, la pâquerette ou encore le lierre attirent les abeilles.

Pour les papillons, il faut des fleurs que les adultes peuvent butiner, mais aussi des plantes sur lesquelles les chenilles puissent se développer ! Par exemple, une trentaine de papillons sont liés à l’ortie, dont une dizaine (comme le vulcain, le paon du jour et la petite tortue) qui dépendent exclusivement de l’ortie pour leur survie.

Enfin certaines plantes peuvent fournir les graines ou des fruits aux oiseaux qui s’en nourrissent : bruants, mésanges, chardonnerets... Parmi les plantes aimées des oiseaux, on peut citer les boutons d’or, l’ortie, l’oseille, les pissenlits, le trèfle, le coquelicot, le lierre, la ronce…

Elles sont utiles pour lutter contre les insectes indésirables et les maladies des plantes

Crédit photo : Stéphanie HAMON. Syrphe adulte

Beaucoup d’insectes « amis du jardinier », comme les syrphes ou les chrysopes, dont les larves sont très voraces de pucerons, ont aussi besoin à l’âge adulte de nectar. De même certaines guêpes parasitoïdes apprécient particulièrement la carotte sauvage (et plantes similaires) dont le nectar leur est plus accessible. Si votre jardin est fleuri, notamment avec des plantes spontanées, ces insectes pourront mieux s’y installer.

De plus, l’ortie peut permettre la réalisation d’un purin utile par exemple pour repousser les pucerons. La prêle peut servir à la réalisation d’une décoction efficace contre certaines maladies et qui repousse les pucerons.

Elles améliorent le sol

Crédit photo : Marlène COTTAY. Trèfle

Le trèfle est capable de fixer l’azote de l’atmosphère et constitue donc un excellent engrais vert. La moutarde blanche peut elle aussi jouer un rôle d’engrais vert. Les plantes ayant une racine formant un pivot, comme l’oseille, améliorent la structure du sol en l’aérant et en facilitant le drainage.

Elles peuvent nourrir et soigner

Crédit photo : Marlène COTTAY. Pissenlit

Il n’y a pas que les insectes et les oiseaux qui se régalent des herbes « folles ». On l’oublie parfois, mais certaines peuvent tout à fait être apprêtées pour la consommation humaine. Sans oublier les plantes médicinales !

Le pissenlit ou le plantain peuvent être mangés en salade, les orties peuvent être cuisinées en soupe, la camomille fait de bonnes tisanes…

Les solutions pour désherber sans polluer

De façon générale, il est conseillé de couper ou de détruire les plantes avant leur montée à graine dans les endroits où elles sont indésirables, afin d’éviter qu’elles ne se propagent. Agissez le plus tôt possible dans les endroits que vous ne souhaitez pas voir envahir par la végétation.

Au pied des arbres, haies, dans les massifs

Crédit photo : Stéphanie HAMON. Paillage

Placez un paillage (broyat d’élagage, écorces, copeaux de bois, paillettes de lin…), ou bien plantez des plantes couvre-sol (géraniums botaniques, lamiers, petit pervenche, ou simplement gazon…) qui occuperont l’espace au détriment des plantes indésirables. Enfin, il est toujours possible de désherber manuellement.

Dans les cours, allées

Crédit photo : Stéphanie HAMON. Pavés enherbés

Désherbez manuellement, avec un sarcloir sur les surfaces en terre ou gravillonnées, au couteau entre les dalles et les pavés. Il est possible de désherber à l’eau chaude (réemployer l’eau de cuisson des pommes de terre, par exemple) pour les petites surfaces ; on trouve aussi des désherbeurs thermiques au gaz en jardinerie. De façon préventive, paillez les allées en terre battue, limitez les surfaces en gravillons (difficiles à entretenir) ; ou placez un géotextile qui limitera la pousse de plantes sous les gravillons. Balayez régulièrement les joints de vos dalles ou vos pavés, ou jointoyez-les. Ou, comme dit plus haut, on peut choisir d’accepter la présence d’herbe entre les dalles.

La pelouse

Crédit photo : Stéphanie HAMON. Papillon sur pâquerettes

Entretenez le gazon pour qu’il soit compétitif, notamment en le décompactant à l’aide d’un scarificateur, à l’automne ou au printemps, semez les zones dégarnies ; adoptez une tonte haute (au moins 6 cm) qui permet au gazon de mieux s’enraciner et d’être plus résistant. Vous pouvez utiliser un couteau à désherber pour déloger les quelques touffes de vivaces inesthétiques. Apprenez à accepter la présence de plantes spontanées sur la pelouse, qui peuvent fleurir joliment (pâquerettes, violettes, véronique…) et apportent de la nourriture aux insectes butineurs.

Le potager

Crédit photo : Stéphanie HAMON. Engrais vert (Colza)

Arrachez, binez, sarclez… Pensez au moment des plantations à laisser suffisamment de place entre les rangs pour pouvoir bêcher. Ne laissez pas la terre à nu pour éviter la croissance d’herbes indésirables : placez un paillage, ou semez des engrais verts.  en attendant les prochaines plantations.